Archives Mensuelles: mai 2010

Nous avons aimé…

Apprendre à faire le vide : pour en finir avec le « toujours plus »

de Paul Ariès et Bernadette Costa-Pradès.


Dans ce livre court, accessible à tous et écrit dans un style très agréable, Paul Ariès et Bernadette Costa-Prades tentent de nous faire prendre conscience de la manière dont a évolué notre consommation. Notre consommation de tout, toujours plus.

Au fil des différents chapitres, les auteurs retracent en quelques lignes l’histoire de la consommation, devenu hyper-consommation à l’aube des années 80.

Puis ce sera le « tout est possible », pas question d’attendre, pas de frustration : on contracte des crédits, on s’endette toujours plus. Pourquoi ?

Nos enfants eux aussi sont touchés par ce toujours plus : emploi du temps surchargé, pas question de s’ennuyer et bien entendu, il faut aussi réussir à l’école.

L’enfant qui influence les achats de ses parents, devient une cible idéale pour les publicitaires.

Notre société évolue et perd son rythme : on rencontre de plus en plus de magasins ouverts 24h/24 (aux Etats-Unis, on ne les compte plus). Le but : pouvoir consommer à tout moment, toujours plus.

Si nous sommes dans le tout tout de suite, nous plongeons également dans le « tout doit se voir, tout doit se dire ».

L’individu révèle des choses sur lui-même, compensation dérisoire au fait qu’il devient extrêment difficile d’exister en tant qu’individu.

 

La performance est partout : à l’école pour les plus jeunes, dans la rapport que nous entretenons avec notre corps qui devient un capital à valoriser, à tout prix ou presque.

On ne peut nier les effets bénéfiques d’un esprit sain dans un corps sain mais pas au point d’attteindre des records en tous genres, et de nier l’humain qui est en chacun de nous.

Et on ne peut évidemment ne pas évoquer le dopage dans le sport, avec des conséquences plus tardives mais quasiment inévitables pour la santé. Comment faire marche arrière alors que le public et les sponsors en veulent toujours plus pour leur argent !

 

Performance aussi dans notre vie sexuelle : le sexe devient un fond de commerce.

La mise en avant de certaines pratiques qui ne sont finalement le fait que d’une infime part de la société suscite des complexes. 99 % des gens se sentent coincés et ce n’est pas sans risque chez les franges de populations les plus fragiles, comme les jeunes, qui sont en pleine phase construction de leur identité, sexuelle, notamment.

 

Et bien sûr, le plus évidente des performances est à rattacher au monde du travail : travailler plus pour gagner plus pour consommer plus.

 

Cette surconsommation n’est pas sans effet non plus sur notre environnement. Rien que ce constat donne froid dans le dos : 20 % des hommes s’approprient 80 % des richesses naturelles de la planète.

Ici encore, l’homme est dans la démesure et semble avoir beaucoup de mal à penser en termes d’équilibres.

 

Alors, que faire face à tous ces excès, cette hyperconsommation ? Faut-il baisser les bras ?

Non, bien sûr.

 

Chacun, chacune d’entre nous doit apprendre à faire le vide : à consommer moins peut-être mais surtout à consommer différemment, se débarasser de tous ces objets, ces achats inutiles qui ne répondent finalement à aucun besoin.

Travailler moins aussi pourquoi pas (si on peut se le permettre) et avoir ainsi plus de temps pour soi, pour les siens ; profiter davantage de ce qui s’offre à nous gratuitement comme la nature, l’amitié, l’amour, etc.

 N’hésitons pas à assumer nos faiblesses, comme faisant partie de l’humanité qui est en chacun de nous ; n’ayons pas peur de faire des erreurs ni d’avancer plus lentement que ce qui est généralement prescrit.

 

Pas de morale à aucun moment dans ce chouette bouquin mais simplement une invitation à réfléchir au monde dans lequel nous voulons vivre.

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Nous avons aimé…

« Son frère » de Philippe Besson

Ce roman bouleversant et si bien écrit fut d’abord publié chez Julliard en 2001 et est paru, chez 10/18, en début d’année.

Il raconte le cheminement de deux frères, Lucas et Thomas, jeunes, que seulement deux années séparent, vers l’inéluctable…

En ce début de printemps, suite à un bilan sanguin banal somme toute, Thomas vient d’être diagnostiqué avec un taux de plaquettes anormalement bas. S’en suivent de multiples essais de traitement, de ponctions, de pratiques médicales de toutes sortes, pour tenter de faire remonter ce maudit taux, sans que l’on puisse, par ailleurs, mettre un nom sur le mal qui accable Thomas.

Très rapidement lassé, dépassé par tout cet acharnement, Thomas émet le souhait de passer un été (le dernier ?) sur l’île de Ré, dans la maison familiale qui a abrité leurs vacances pendant de nombreuses années. Il demande à Lucas de l’accompagner.

Les deux frères vont ainsi se retrouver et partager au long de ces quelques semaines des souvenirs, de très bons moments aussi, avec cette impression que chaque minute, plus que jamais, mérite d’être vécue jusqu’au bout.

Philippe Besson aborde le sujet grave de la maladie et de la mort tout en finesse, sans aucun voyeurisme, décrivant ainsi subtilement la relation extrêmement complice qui unit ces deux frères, à travers une écriture magnifique et laissant largement place à l’émotion, mais pas forcément à la tristesse.

Un roman que pouvez découvrir dans votre bibliothèque.