Archives Mensuelles: février 2013

Parmi nos favoris du moment : deux romans américains

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C’est dans le cadre bucolique du Westish College, une petite université du Wisconsin, que Chad Harbach orchestre la rencontre de ses cinq personnages principaux. Il y a d’abord Henry, prodige du baseball que le capitaine de l’équipe locale, Mike, va prendre sous aile. Il y a ensuite Owen, joueur de baseball lui aussi, mais qui fait figure d’électron libre au sein de l’équipe tant son mode de vie, finalement plus intellectuel que physique, le rend différent des autres. Viennent ensuite Guert, le doyen du collège, épris de littérature et qui va se découvrir un amour imprévu, et sa fille, Pella, revenue vivre avec lui après de nombreuses années de séparation.

La rencontre de ces cinq-là va profondément modifier le cours tranquille et tellement prévisible jusqu’alors de leurs existences. Au point que la routine même de Westish s’en trouvera bousculée. Roman d’une famille au-delà des liens du sang, ‘L’Art du jeu’  fait la part belle à un sport emblématique du pays (ce qui ne gêne pas les non-amateurs de sport) dont il mêle habilement les règles avec la manière dont chaque être humain débrouille finalement sa propre existence et les relations qu’il tisse avec ses contemporains. Que l’on soit sur un terrain de baseball ou au cœur d’un groupe de personnes que l’on côtoie au quotidien, l’on rencontre contraintes, inimitiés, amours, amitiés, confiance ou joies…Un premier roman très américain, bâti sur des personnages attachants, drôles et auxquels le lecteur s’identifie très facilement. Une belle réussite.

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La cinquantaine, fumeur et alcoolique, Saul Karoo retravaille des scénarios pour Hollywood : il coupe, élague, invente, ajoute et mutile impitoyablement les histoires des autres pour qu’au final, elles plaisent aux producteurs. En gros, il s’agit pour lui de lisser suffisamment le scénario afin qu’il plaise au plus grand nombre et ait une chance de figurer en bonne place au ‘box-office’.

Si sa carrière reste stable et lui assure de conséquents revenus, Karoo ne peut s’empêcher de culpabiliser tant il dénature l’œuvre d’artistes véritables, lui  l’écrivaillon sans talent. Par ailleurs et  inconsciemment sans doute, un parallèle entre sa profession et sa vie privée s’établit.  Karoo sème effectivement la confusion parmi ses proches en se révélant incapable de montrer à son fils qu’il l’aime ; rompre définitivement avec sa femme lui paraît impossible et il n’arrive qu’à vivre de très courtes histoires d’amour avec des femmes beaucoup plus jeunes et toujours en situation de détresse.

Longue, très longue et très progressive descente aux enfers d’un homme qui, pourtant avait tout pour réussir, « Karoo » dresse dans un même élan le portrait d’une société en perdition, plongée dans un coma de loisirs bas de gamme et de cynique course au profit. Même si la fin se révèle un brin décevante, la majeure partie du roman, dense, touffue et servie par une langue et un style très riches, se révèle passionnante et souvent très drôle.  

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