Archives Mensuelles: janvier 2015

Nous avons lu et aimé

« La lettre à Helga » de Bergsvein Birgisson 

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Dans un village perdu d’Islande, un vieil homme se souvient du grand amour de sa vie et lui écrit une très longue lettre. Eleveur de moutons mais également fonctionnaire, Bjarni a vécu une existence âpre, centrée sur ses obligations, son amour de la nature et sa passion du travail bien fait. Habité par un profond sens du devoir, il a toujours pris soin de son épouse, sans pour autant s’épanouir à ses côtés. L’élue de son cœur, c’était Helga, celle-là même à qui s’adresse cette confession à la fois poétique, naturaliste et parfois, extrêmement crue. On y découvre ce que fut l’existence de cet homme,  tiraillé entre ce que lui dictait son sens moral et la passion amoureuse –assortie d’un désir physique réellement torturant- éprouvée pour Helga. Une passionnante plongée dans les tréfonds des passions humaines, au cœur d’un cadre rude. Sans concession et frappé du sceau de la sincérité absolue, le texte est parfois éprouvant mais il est de ceux qui frappent par leur originalité et dont l’on se souvient.

« Blanès » de Hedwige Jeanmart.

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Eva et Samuel vivent à Barcelone. Un dimanche de mars, ils partent en excursion pour Blanès, une petite station balnéaire située à environ une heure de voiture de chez eux. Une ville qu’ils n’ont jamais visitée ; alors, ils déambulent dans les rues, dînent, lisent, puis rentrent à Barcelone en fin d’après-midi. Et là, de manière subite, Samuel disparaît. « Il est mort » dit Eva à ses proches. Comment ça, mort ? Samuel est parti, n’a rien dit, rien emporté. Commence alors pour Eva une longue période de deuil ; quelle dure réalité de ne pouvoir compter sur personne, de ne rien savoir, de ne pas comprendre. Songeant qu’il a dû se passer quelque chose à Blanès, ce dimanche-là, Eva décide d’y retourner. Là-bas, Samuel lui avait fait la lecture d’un discours de Roberto Bolano, le célèbre auteur chilien qui vécut à Blanès pendant près de 20 ans. S’en suivront des rencontres décalées, dans des endroits surprenants et un long cheminement pour tenter de comprendre et d’essayer de vivre à nouveau.

Premier roman, Prix Rossel 2014, Hedwige Jeanmart livre un récit oscillant entre réalité et absurde, dans un style sobre, beau, original. La narratrice, personnage attachant, évolue entre doute et reconstruction, tentant de faire face à la douleur et à la perte.

« Le complexe d’Eden Bellwether » de Benjamin Wood

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Jeune infirmer dans une maison de repos, Oscar fait la connaissance –par hasard pense-t-il- d’Eden Bellwether et de la sœur de ce dernier, Iris. Tous deux sont étudiants à Cambridge et font partie d’un cercle d’amis très restreint (composé d’eux-mêmes et de trois autres étudiants) dans lequel Oscar peine au début à prendre ses marques. Mais l’histoire d’amour qui naît entre lui et Iris va rapidement arranger les choses et bientôt, les  6 compères  ne se quittent quasi plus. Au sein du groupe, c’est clairement Eden qui s’impose comme le meneur et même comme le maître à penser pour les autres et particulièrement pour Iris. Cette dernière vit une relation complexe avec son frère : tantôt en admiration, buvant ses paroles et ne pouvant se passer de lui, tantôt méfiante et même effrayée par les extrémités presque caractérielles dans lesquelles celui-ci verse. Oscar quant à lui se montre réservé face au caractère lunatique d’Eden. Très amical, généreux et bon camarade, Eden peut se montrer hautain, dédaigneux et fortement méprisant dans certaines situations. Mais ce qui ne manque pas de perturber Oscar, c’est la passion de son ami pour la musique et l’hypnose, passion à ce point poussée qu’il en vient à croire que certaines mélodies sont à même de guérir les pathologies les plus graves.

Remarquable premier roman d’un jeune auteur anglais, « Le complexe d’Eden Bellwether » s’inscrit tout à la fois comme un roman d’apprentissage, une peinture sociale, un roman d’amour et d’amitié et un habile récit manipulatoire au suspense non pas haletant mais enveloppant, tel un brouillard dont on n’arrive pas à sortir. Le magnétisme qu’exerce Eden sur ses amis est pratiquement palpable et donne parfois au lecteur le sentiment d’être à leurs côtés et de vivre ce qu’ils éprouvent : un profond sentiment de malaise, l’impression de vivre aux côtés d’un véritable ami qui ferait tout pour vous, couplée à une indescriptible méfiance, comme si tous les signaux du danger étaient au rouge mais que l’on ne pouvait s’empêcher de foncer malgré tout, droit dans le mur.

 « Soumission » de Michel Houellebecq

houellebecq_soumissionImpossible de ne pas en avoir entendu parler en ce début d’année, tant le nouveau roman de Michel Houellebecq a suscité de commentaires, dont certains furent d’ailleurs émis avant même sa sortie.

Il s’agit bien d’une plongée, presque du domaine de la science-fiction, dans une France du futur, pas si différente de celle que l’on connaît de nos jours, mais définitivement différente tout de même. Sous des apparences très réalistes et crédibles qui sous-tendent d’ailleurs la force et le pouvoir d’évocation de son histoire, les changements d’aiguillages opérés par Houellebecq pour arriver à son postulat de départ doivent être pris pour ce qu’ils sont : des moments de pure liberté dans la création d’une œuvre de fiction, œuvre de fiction certes très ancrée dans la réalité de notre époque, mais comment en irait-il autrement, de la part d’un auteur qui n’a jamais caché dans ses livres précédents, son goût pour la satire et la peinture au vitriol des travers de son propre monde ?  Or donc, nous voici dans un pays européen dont la présidence est confiée à un musulman « modéré ».  Ce n’est pas une dictature qui s’installe, au contraire : l’auteur ne dépeint aucun mouvement social, aucune révolte ou manifestation. Simplement,  d’autres mœurs semblent  adoptés presque volontairement serions-nous tentés d’écrire, tant les quelques pertes de libertés sont compensées par des afflux de moyens financiers. Nous y suivons le parcours d’un universitaire d’une quarantaine d’années qui, très égoïstement, s’interroge sur sa petite existence, sur  le vide affectif qui la caractérise, sur ses ennuis de santé à venir et sur la fin probable de sa carrière professionnelle . Plus ou moins consciemment, il marche dans les pas de son modèle, Joris- Karl Huysmans, un écrivain français de la fin du 18è qui, au crépuscule de son existence fit le choix de la religion. En bref, un personnage désenchanté, purement houellebecquien, qui  porte, sur l’existence humaine en général et sur la sienne en particulier, un regard pessimiste, presque nihiliste, traversé de fulgurances que l’on se surprend à trouver drôles et d’une rare acuité.

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Mardi 10 février : atelier CV et lettre de motivation

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Notre écrivain public est toujours à votre service!

Notre écrivain public tient dorénavant sa permanence tous les 1er et 3ème mercredis du mois à la bibliothèque de Huy, de 9 à 12h (Les dates figurent sur l’illustration ci-dessous. Pas de permanence pendant les congés scolaires).

Vous pouvez également demander un rendez-vous en formant le 0498/71.76.34.

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