Archives Mensuelles: juillet 2015

Nos conseils de lecture

mirage« Mirage » de Douglas Kennedy

Robyn, expert-comptable, pragmatique, et Paul, son mari, artiste nonchalant, s’envolent  pour un séjour  au Maroc. Un voyage qui leur permettra de se retrouver et de peut-être concevoir cet enfant qu’elle désire  tant. Une fois installés à leur hôtel, le début du séjour s’avère idyllique : Robyn prend le temps de flâner et Paul se remet enfin à la peinture, un art dans lequel il excelle mais qu’il avait négligé ces derniers temps. Puis une révélation aussi terrible que soudaine ébranle la jeune femme. Paul disparaît et elle, se lançant à sa recherche, se trouve prise dans un engrenage, au cœur d’un Sahara étouffant qui pourrait se révéler extrêmement dangereux…

On retrouve dans ce dernier roman de Douglas Kennedy certains de ses thèmes de prédilection : comment tombe-t-on amoureux ? Que sait-on de l’être aimé ?

Il faut bien avouer que certains passages de ce roman m’ont déplu, tant ils m’ont paru « clichés », voire totalement irréalistes pour d’autres. Mais il faut également le reconnaître, Douglas Kennedy reste un excellent « page turner » qui sait tellement bien s’y prendre pour construire un récit et y embarquer ses lecteurs. Ce n’est pas le meilleur de ses romans mais il reste néanmoins une lecture sympa et délassante à découvrir en ce début d’été. A celles et ceux qui n’auraient jamais lu Kennedy, je recommanderais néanmoins un titre plus ancien comme « L’homme qui voulait vivre sa vie » ou « Les charmes discrets de la vie conjugale ».

animaux-guerre-1546985-616x02« Aux animaux la guerre » de Nicolas Mathieu

Paru début 2014, «Aux animaux la guerre » est le premier roman d’un jeune auteur français, Nicolas Mathieu (1978). A l’image d’un Pierre Lemaître (avec son goncourisé « Au revoir là-haut ») ou d’un Didier Daeninckx, Mathieu plonge d’abord aux racines de l’histoire moderne de son pays (ici : les événements d’Algérie) pour cadrer une partie des personnages de l’intrigue qu’il va dérouler avec une remarquable maestria. Il embraye ensuite sur le portrait d’un réalisme soufflant d’une France provinciale (Les Vosges), loin de l’agitation parisienne et dont une grande partie de la population essaye simplement de s’en sortir.

Social, ce roman ? Sans doute, mais se limiter à ce terme un peu fourre-tout serait vraiment passer à côté de ce qui fait sa force. En s’abstenant de juger les actes – parfois violents- de chacun de ses acteurs, en nous les montrant s’adapter avec leurs maigres moyens tant matériels que physiques ou psychiques, à des situations nouvelles, Mathieu entre directement dans la cour des meilleurs, ceux cités ci-dessus mais aussi les Steinbeck, Hemingway ou Faulkner. L’engrenage est solidement et intelligemment rendu : comment devient-on raciste ou voleur ? Pourquoi renie-t-on ses convictions ? L’amour, l’amitié, l’honnêteté et la solidarité ont-ils encore droit de cité ? Parfaitement bâti sur de courts chapitres, dans lesquels il déroule son intrigue sans linéarité aucune (tout en lui conservant sa parfaite compréhension) et qu’il truffe de dialogues étonnamment crédibles, jusque dans leurs non-dits à la sensibilité patente, il nous livre un roman dense et d’une clarté éblouissante, qui marie avec justesse le sens et l’action. Tout est dit, tout est écrit, et de très belle manière.

daisy« Daisy Sisters»  de Henning Mankell

« Daisy Sisters » est le premier roman d’Henning Mankell, paru en suédois en 1982, bien avant ses premiers polars et son personnage fétiche, l’inspecteur Kurt Wallander.

1941 : Elna et Vivi sont jeunes, toutes deux issues d’un milieu modeste mais de familles aux idéaux politiques opposés. Elles correspondent depuis plusieurs mois et cet été voit se concrétiser leur première rencontre. Elles s’en vont par monts et par vaux, à vélo, à travers la Suède. Le voyage promet d’être fantastique, premières libertés, premiers espoirs… Mais  Elna rentre chez elle, enceinte des suites d’un viol, et accouchera en février 1942 d’une petite fille prénommée Eivor.

Eivor, 18 ans en 1960, en a marre de sa mère et veut vivre sa vie. Elle quitte le domicile familial. Elle rêve d’indépendance et de liberté. Des rêves fous qu’elle veut concrétiser mais quel sera le prix à payer ?

Avec ce roman empreint de noirceur et de désenchantement, Henning Mankell traverse les grandes époques qui ont marqué la société suédoise entre 1940 et 1980 et dresse le portrait de deux générations de femmes. Des femmes qui ont simplement voulu vivre et exister dans un pays en mutation, où il est souvent très difficile de se faire simplement respecter. Une ode à toutes ces femmes et à leurs combats quotidiens pour davantage d’égalité.

passe imparfait« Passé imparfait », de Julian Fellowes

Alors qu’il ne croyait jamais revoir Damian Baxter, le narrateur –dont nous ne connaîtrons jamais le nom- reçoit une lettre l’invitant à rencontrer son vieil ami. Reclus dans sa propriété, Damian s’était fâché avec le narrateur quarante ans plus tôt, lors d’un séjour au Portugal. Riche, sans héritier et mourant, il ne peut visiblement  placer sa confiance en quelqu’un d’autre pour résoudre une dernière affaire avant de quitter ce monde. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’identifier laquelle de leurs anciennes amies communes s’est retrouvée enceinte de lui, afin de savoir à qui léguer son immense fortune. Sur base d’un courrier anonyme reçu il y a plus de vingt ans, Damian a pu dresser une liste de 6 noms, 6 femmes susceptibles selon lui d’avoir donné naissance à son enfant. Bien que la blessure morale causée lors de leur fameuse soirée portugaise lui soit encore pénible, le narrateur accepte la mission. Progressivement, celle-ci devient pour lui un moyen de replonger dans son passé, de prendre le pouls de son existence et d’en voir certains événements marquants sous un nouvel angle. Avec son style qui fait la part belle aux longues descriptions ponctuées de dialogues souvent savoureux,  « Passé imparfait » nous plonge dans une période synonyme de mutations profondes touchant de nombreux domaines : la fin des années soixante. En Angleterre, celle-ci a coïncidé avec la perte de certaines valeurs, notamment celles portées par l’aristocratie. C’est avec beaucoup de détails que le narrateur nous transporte dans les salons, les châteaux et autres restaurants chics dans lesquels le cérémonial de la haute société va progressivement décliner. Beaucoup de sentiments, une touche de mélodrame et un humour très fin : les amateurs de Jane Austen, des sœurs Brontë ou d’Edith Wharton devraient apprécier. Plus proche de nous, si vous avez aimé la série télévisée « Downton abbey », sachez que son créateur n’est autre que l’auteur de ce livre.

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