Archives Mensuelles: octobre 2015

Suspense autour d’un secret

secret mariNous devons bien avouer que ce titre « Le secret du mari » nous inspirait plus une histoire nunuche qu’un bon roman que nous allions dévorer en 3 jours. Et pourtant.

Assez classiquement bâti sur les vies menées parallèlement par de parfaits inconnus dont l’histoire va se croiser, ce roman nous glisse très rapidement dans l’intimité de personnes comme vous et moi plongées dans les mêmes bonheurs, bouleversements et ennuis que tout un chacun. Et d’ennui, point ! La classique réunion Tupperware devient le point d’orgue de la semaine, la sortie des classes l’événement mondain du village et le prof de gym le prince charmant … ou pas … Très drôle, très fin, ce livre profond et léger replace au centre de la vie les relations entre les gens et relativise petites et grandes trahisons.

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Le dernier roman Delphine de Vigan : on aime!

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« D’après une histoire vraie » de Delphine de Vigan

Peu de temps après la parution de son dernier roman, Delphine ne s’est pas remise à l’écriture. Elle était pourtant à l’aube d’un nouveau cycle qui aurait dû la conduire à se plonger dans un travail de recherche, de documentation puis de rédaction. Cette époque a coïncidé avec sa rencontre avec L., lors d’une banale fête d’anniversaire chez une amie. Très rapidement, une amitié se noue. Puis, lentement, insidieusement, L. prend chaque jour plus de place dans la vie de Delphine…

Dans « D’après une histoire vraie », Delphine de Vigan sème le trouble en proposant l’histoire d’une romancière à succès (la sienne ?), dans laquelle elle plonge le lecteur, usant d’une écriture simple au service d’une construction habile, très réussie. Dans cet excellent roman, emprise et manipulation sont au rendez-vous, fragilisant de page en page l’héroïne principale. Delphine de Vigan livre un thriller psychologique troublant, sur la brèche entre fiction et auto-fiction, dans lequel chacun cherchera de bout en bout la part de vrai qu’il contient. Un roman qui nous interroge aussi sur la question du vrai et du réel et sur la place qu’il occupe dans la société d’aujourd’hui.

La Fureur de Lire : demandez le programme!

Biblio MarchinModave Programme fureur 2015

Coup de cœur pour le « Mitterrand : un homme de droite » de Richelle et Rébéna

« Mitterrand : un homme de droite »,  la nouvelle bande dessinée scénarisée par le marchinois Philippe Richelle tient tout autant de la biographie parfaitement conforme à la réalité historique, que du récit dans lequel dialogues et situations relevant de la vie quotidienne ressortent résolument de l’imaginaire des auteurs. Et pourtant, le moins que l’on puisse écrire, c’est qu’ils forcent le respect tant ils ne se déparent jamais d’une aura de vraisemblable. Par exemple, pour peu que vous ayez gardé une image assez nette de son parcours, lorsque vous verrez Mitterrand asséner: « La modestie, c’est l’affaire des médiocres »,  cela devrait vous paraître crédible.  Mais, au-delà des petites phrases attribuées au futur président et par lesquelles les auteurs témoignent de son évolution politique  –« de toutes façons, je revendique le droit de changer d’avis » lui font-ils fort à propos également dire-  la force du récit tient en ce qu’il tente non seulement un portrait d’homme, mais également un portrait d’époque qui s’écarte résolument des clichés et autres oppositions binaires trop souvent rencontrées dans les médias.mitterand

Le régime de Vichy, pour lequel Mitterrand œuvra, recueillait à ses débuts, et pour de multiples raisons, l’assentiment de la grande majorité des Français. De par ses origines sociales, Mitterrand ne pouvait que s’y reconnaître et, comme beaucoup d’autres Français, ce n’est que progressivement, lorsqu’il constata le lent basculement de Pétain vers les idées de Laval, qu’il prit ses distances et entra en résistance.  Au cœur de la grande histoire, les auteurs prennent également le parti de retracer celle qui concerne plus personnellement leur personnage principal : vie amoureuse, vie de famille et vie estudiantine convergent ainsi avec l’évolution de la politique française et le lent basculement dans la guerre, pour finir par nous livrer une image subtile et dépassionnée de Mitterrand. Tout aussi subtil se révèle le dessin en noir et blanc de Frédéric Rébéna, avec son trait de crayon mis en évidence et son refus d’un réalisme didactique qui confine à éviter de donner une image ferme et stable du visage de Mitterrand –selon l’angle suivant lequel il est mis en scène, certains de ses traits semblent varier- comme si celui-ci refusait de se laisser tirer le portrait de manière définitive.