Archives Mensuelles: avril 2016

Quelques suggestions de lecture

la_couleur_de_leau« La couleur de l’eau » de Kerry Hudson 

Alena, jeune femme originaire de Russie arrive à Londres, attirée par les lumières de l’Europe de l’ouest, avec l’espoir de décrocher un bon boulot et de faire vivre sa mère restée en Russie. C’est malheureusement une réalité bien plus sordide qui devient son quotidien. Quelque temps plus tard, alors qu’elle a pu échapper à cet enfer, elle croise le chemin de David, vigile dans un luxueux magasin londonien. Cette première rencontre n’a pourtant rien d’agréable : Alena s’est fait prendre chaussures neuves aux pieds et doit maintenant s’expliquer, face au beau jeune homme, sur son comportement. Pour une raison qui lui échappe, David laisse finalement la jeune femme s’en aller, sans aucune poursuite.

Le soir même, à la fermeture du magasin, elle est là à l’attendre et lui propose de lui offrir un verre pour le remercier de lui avoir évité de sérieux ennuis.

Commence alors pour ces deux êtres écorchés par la vie leur histoire. Se découvrir, s’apprivoiser sans jamais aller toucher à cette sphère si privée dont chacun ne veut rien dévoiler à l’autre. Qu’a vécu Alena en arrivant à Londres et d’où vient-elle exactement ? Pourquoi David  se retrouve-t-il dans ce minuscule appartement, à quelques pas de la cité où il a grandi, traînant avec lui un passé qu’il refuse d’aborder ?

Kerry Hudson dresse dans ce magnifique roman un portrait social : récit d’une rencontre improbable entre des univers empreints de violence et de douleur, dont sont issus deux personnages aux fortes personnalités. Une histoire d’un amour pas banal dont les détails nous font voyager de Londres à la Sibérie ; une écriture tout en finesse et en sensibilité qui participe à rendre ces deux êtres particulièrement attachants et qui nous invite à découvrir leurs faiblesses mais aussi leurs espoirs.

quatuor« Quatuor » d’Anna Enquist

Quatre amis se réunissent régulièrement pour jouer les morceaux de musique classique qu’ils aiment. Cette pratique leur permet de s’évader d’une vie de famille pesante ou de relativiser leurs contraintes professionnelles. Nous sommes aux Pays-Bas, dans une ville qui pourrait bien être Amsterdam, dans un futur proche, très proche. Au travers des existences respectives des 4 amis, ce sont divers aspects de la société actuelle et de ce qu’elle pourrait devenir qu’ausculte l’auteur. Les deux femmes du quatuor, Caroline et Heleen,  exercent dans le domaine médical. Leur constat est amer : baisse de la qualité des soins pour les malades défavorisés, perte de lien non seulement avec les patients mais également avec leurs confrères, et personnes âgées relégués dans des mouroirs. Le premier violon, Hugo, voit quant à lui le centre culturel qu’il dirige sombrer lentement, faute de soutien de la ville. Là encore, triste constat : la culture, ça ne sert à rien, ce n’est pas rentable, éteignez les projecteurs. L’alto, Jochem, est luthier et porte en lui le poids des relations difficiles avec son épouse, depuis l’évènement qui a bouleversé leur couple quelques mois plus tôt.

Grave mais pas larmoyant, ce dernier roman d’Anna Enquist ne fait finalement que relever des dérives sociétales aisément identifiables pour tout qui s’informe un minimum. Pas besoin de procéder à d’intenses recherches pour constater que les moyens des services publics –et donc de la culture et des soins- sont sans cesse rabotés. La force du roman est de pointer ces phénomènes en les donnant à éprouver et à critiquer par des gens comme vous et moi. Puis de montrer comment ces derniers arrivent, malgré tout, à vivre. Ce qu’ils mettent en place comme barrières. Ici, à côté des petits gestes de solidarité, ce sera principalement de musique qu’il sera question. Et la moindre des qualités de ce très beau texte n’est certainement de communiquer à quel point Mozart, Schubert ou Dvorak peuvent faire du bien.

3 jours et une vie« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaître

Après son roman situé dans la lignée de la Première Guerre mondiale –« Au revoir là-haut »- qui lui avait valu le prix Goncourt, Pierre Lemaître nous entraîne, avec ce nouveau titre, dans une petite ville de province à priori sans histoire. Sa tranquillité sera bousculée en 1999, par la disparition d’un très jeune garçon, Rémi Desmedt. C’est au principal protagoniste de l’affaire que s’attache l’auteur en le suivant, d’abord pendant les 3 jours qui suivent directement la disparition, puis en le retrouvant à des moments-clés de son existence. En suivant le parcours de cet homme ni plus mauvais ni meilleur qu’un autre, c’est  presque dans ses pas que nous nous retrouvons et sa peur, sa culpabilité, sa détermination, son abattement et sa résignation deviennent nôtres. Passionnante et captivante de bout en bout, l’intrigue de Pierre Lemaître se donne des airs de thriller tout en décortiquant le quotidien d’une petite communauté. Les vieilles haines familiales et les rancœurs aux origines vagues, les médisances et les jugements hâtifs balisent un récit dans lequel l’auteur semble parfois décortiquer les sentiments humains au scalpel, à la manière d’un Simenon. Plus proche de nous, le mélange de suspense et la finesse psychologique nous font penser à un autre belge : Armel Job. Assurément un excellent texte, duquel on a bien du mal à se détacher et qui ménage son suspense jusqu’aux toutes dernières phrases.

mediocratie« La médiocratie » d’Alain Deneault

Ecrit par le philosophe canadien Alain Deneault, « La médiocratie » brosse à la manière d’un récit, une image bien peu reluisante de notre époque. De nombreux thèmes sont abordés et exemplifiés, parfois à l’appui de références strictement canadiennes qui n’éveillent donc que peu d’écho ici, mais c’est bien le seuil écueil à cette lecture. En débutant avec le travail universitaire, Deneault montre à quel point la course à la publication à tout prix, les recherches de subsides et les liens trop étroits avec le privé pervertissent le système d’enseignement. La réalité qui est tordue par des jeux de langages, la toute-puissance des experts au cœur d’un monde où prime le tout-économique, les politiques devenus des gestionnaires et la culture qui se doit d’être rentable sont quelques-uns des domaines qui, parmi d’autres, se voient joliment mis en difficulté par le philosophe. Abordable et ouvrant la porte à d’autres lectures, un petit essai qui décape et conscientise.

Publicités

Atelier philo pour les 6-12 ans

Dans le cadre de l’opération « Je lis dans ma commune », un atelier philo autour du thème « Et demain? » s’est tenu ce mardi 26 avril dans l’Espace Public Numérique de la bibliothèque.

Cet atelier s’inscrivait dans un cycle d’animations que la bibliothèque et l’EPN organisent tous les mardis matins à l’attention des enfants de l’école communale inscrits en EPA.

BiblioMM JLDMC2016-2BiblioMM JLDMC2016-4BiblioMM JLDMC2016-5BiblioMM JLDMC2016-6BiblioMM JLDMC2016-7