Archives Mensuelles: juin 2018

Une sélection parmi nos derniers coups de coeur

« L’été des charognes » de Simon Johannin

« J’ai grandi à La Fourrière, c’est le nom du bout de goudron qui finit en patte d’oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les arbres. La Fourrière, c’est nulle part. […] Il y a trois maisons, la mienne, celle de Jonas et sa famille et celle de la grosse conne qui a écrasé mon chat , celle à qui était le chien qu’on a défoncé avec les pierres…».

Le récit d’une enfance au cœur d’une zone montagneuse de la France profonde, comme hors du temps et en tous cas, loin de tout. Les journées passent entre travaux à la ferme, abattage d’animaux, squattage de la seule maison qui possède la télé au village plus bas, ou fête dégénérant en beuveries. La violence verbale et physique se révèle quasi-permanente et s’exerce à l’encontre des animaux comme des êtres humains. Elle n’est pas ici mise en scène pour agrémenter le récit, elle est le récit, elle fait partie de la vie et est considérée comme aussi normale que de commencer sa journée par un bol de café. Tempérée par l’amitié solide qui lie le narrateur à son alter ego de voisin du même âge que lui, le récit n’en reste pas moins dur, âpre et anguleux, un parcours d’enfants puis d’adolescents  conté avec un style personnel comme on en lit trop peu, des phrases sèches, souvent fulgurantes et inspirées, presque magnétiques.

« Les loyautés » par Delphine de Vigan

Théo est un jeune ado tiraillé entre ses parents séparés : une mère devenue indifférente et un père frôlant l’abîme, chaque jour, de plus près. Théo qui survit, qui voudrait ne plus être là.

Hélène, professeure, qui fut une enfant maltraitée et qui essaye de comprendre ce qui ne va pas dans la vie de son jeune élève, prête à tout pour éviter le pire.

Mathis, l’ami de Théo, le seul avec qui il communique, un peu. Celui qui est là pour lui, qui comprend que Théo va mal mais qui ne sait comment faire pour l’aider, sans le trahir.

La mère de Mathis, Cécile, au cœur d’un fragile équilibre familial, proche de l’implosion.

Ces personnages dont les destins s’entremêlent, en proie, chacun à une forme de loyauté.

C’est un univers très sombre que Delphine de Vigan a choisi de nous dépeindre dans son dernier roman. Au cœur du récit, la maltraitance mais aussi la famille, la séparation, l’amour maternel.

« Les loyautés », c’est un peu comme une invitation à nous interroger, à réfléchir à nos comportements, nos mots, nos attitudes qui peuvent insidieusement, à petit feu, détruire une personne, un proche, peut-être même notre enfant.

Comme l’auteure l’écrit si justement sur la première page de son roman, les loyautés sont multiples et propres à chacun de nous. Elles peuvent être source du meilleur comme du pire. Delphine de Vigan parvient une nouvelle fois à sonder l’intime de ses personnages et à nous faire partager au travers de son écriture ciselée, des émotions et des sensations qui ne peuvent laisser indifférent.

« Opération Copperhead » par Jean Harambat

Autre bande des1sinée qui nous plonge au milieu de la Seconde Guerre mondiale, à l’opposé de l’univers de Bilal. Afin de permettre au Général Montgomery d’organiser en toute tranquillité –entendez « loin des regards des espions allemands », le débarquement en Normandie,  Winston Churchill charge le MI5 de détourner l’attention de l’ennemi en lui donnant un os à ronger. Cet os, il l’imagine en la personne d’un sosie de Monty, sosie qui se promènerait sans se cacher sur d’autres champs de bataille, laissant croire à l’ouverture d’un nouveau front bien loin des côtes françaises. En charge de cette mission : David Niven, dont la carrière d’acteur est déjà bien lancée et Peter Ustinov, encore débutant, tous deux remplissant leur devoir patriotique au sein de l’armée de Sa Majesté.  Basé sur une histoire vraie, le récit proposé par Jean Harambat se révèle rapidement passionnant par le savant mélange de didactisme (fines doses), de romanesque et d’humour typiquement british qu’il distille. On se régale de l’ironie et du détachement des deux maîtres du flegme que sont Niven et Ustinov, on goûte aux interventions minimalistes de Churchill et du vrai Montgomery tout en étant touchés par la trouille de ne pas être à la hauteur de son sosie. Enlevé et drôle, l’histoire est superbement servie par le dessin très ligne claire et le sens du dialogue incisif d’un auteur dont nous guetterons les nouvelles œuvres !

 

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