« Le lambeau » de Philippe Lançon : Prix Fémina 2018 et coup de coeur de vos bibliothécaires

Âgé d’une cinquantaine d’années, Philippe Lançon est un des quelques rares à avoir survécu à l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, en janvier 2015. Une fois l’attentat passé -il n’occupe qu’une place congrue et est raconté très sobrement-, le vrai sujet du bouquin se dévoile : qui est le type qui a survécu, que reste-t-il de ce qu’il fut, que devient-il progressivement, au fil de cette presque année qu’il passera dans différentes chambres d’hôpital ? Alors qu’on le reconstruit petit à petit, que sa famille et ses amis passent du temps avec lui, qu’il côtoie médecins et infirmières avec lesquels des liens se créent, alors qu’il assiste au ballet des policiers chargés de sa protection, des souvenirs de sa vie passée affluent, des épisodes de son enfance, de sa jeunesse ou de sa vie d’adulte reviennent, dans le désordre, avec pour seule logique celle des rencontres, des lectures et de la musique -ses principales occupations au long de ces mois d’hospitalisation. Alors, bien sûr, il nous dit sa souffrance physique, il décrit les hauts et les bas de ces journées, les soins, les pansements, les appareils qui bipent, les injections : tout ça c’est son quotidien et c’est ce qui le transforme, et il ne s’agit pas de faire de nous des voyeurs, ou de nous mettre mal à l’aise. Ce que l’on ressent tient plutôt à ce qui est l’essentiel de l’auteur : son attachement à sa famille, à ses amis, son intérêt pour les livres, la musique et même quelques vieux films. Quand il descend en salle d’opération, il prend son livre avec lui. Quand on lui refait ses pansements, il demande pour entendre de la musique. Parfois, avant la nuit, il regarde un dvd avec l’ami, l’amie ou le frère qui restera dormir avec lui. Le bouquin est rempli de petits faits, d’anecdotes qui font le quotidien de l’auteur et sur lesquels il pose un regard lucide, d’une franchise totale et dont il arrive, justement par la magie de son style, à nous faire ressentir la saveur, à nous faire dépasser leur apparente banalité pour leur donner ce fameux et magique parfum d’universalité. Un tout grand livre, dense et exigeant sans doute mais qui infuse longtemps et qui nourrit à long terme.

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Publié le 5 novembre 2018, dans coups de coeur, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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