Archives d’Auteur: biblimarchinmodave

Une sélection parmi nos derniers coups de coeur

« L’été des charognes » de Simon Johannin

« J’ai grandi à La Fourrière, c’est le nom du bout de goudron qui finit en patte d’oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les arbres. La Fourrière, c’est nulle part. […] Il y a trois maisons, la mienne, celle de Jonas et sa famille et celle de la grosse conne qui a écrasé mon chat , celle à qui était le chien qu’on a défoncé avec les pierres…».

Le récit d’une enfance au cœur d’une zone montagneuse de la France profonde, comme hors du temps et en tous cas, loin de tout. Les journées passent entre travaux à la ferme, abattage d’animaux, squattage de la seule maison qui possède la télé au village plus bas, ou fête dégénérant en beuveries. La violence verbale et physique se révèle quasi-permanente et s’exerce à l’encontre des animaux comme des êtres humains. Elle n’est pas ici mise en scène pour agrémenter le récit, elle est le récit, elle fait partie de la vie et est considérée comme aussi normale que de commencer sa journée par un bol de café. Tempérée par l’amitié solide qui lie le narrateur à son alter ego de voisin du même âge que lui, le récit n’en reste pas moins dur, âpre et anguleux, un parcours d’enfants puis d’adolescents  conté avec un style personnel comme on en lit trop peu, des phrases sèches, souvent fulgurantes et inspirées, presque magnétiques.

« Les loyautés » par Delphine de Vigan

Théo est un jeune ado tiraillé entre ses parents séparés : une mère devenue indifférente et un père frôlant l’abîme, chaque jour, de plus près. Théo qui survit, qui voudrait ne plus être là.

Hélène, professeure, qui fut une enfant maltraitée et qui essaye de comprendre ce qui ne va pas dans la vie de son jeune élève, prête à tout pour éviter le pire.

Mathis, l’ami de Théo, le seul avec qui il communique, un peu. Celui qui est là pour lui, qui comprend que Théo va mal mais qui ne sait comment faire pour l’aider, sans le trahir.

La mère de Mathis, Cécile, au cœur d’un fragile équilibre familial, proche de l’implosion.

Ces personnages dont les destins s’entremêlent, en proie, chacun à une forme de loyauté.

C’est un univers très sombre que Delphine de Vigan a choisi de nous dépeindre dans son dernier roman. Au cœur du récit, la maltraitance mais aussi la famille, la séparation, l’amour maternel.

« Les loyautés », c’est un peu comme une invitation à nous interroger, à réfléchir à nos comportements, nos mots, nos attitudes qui peuvent insidieusement, à petit feu, détruire une personne, un proche, peut-être même notre enfant.

Comme l’auteure l’écrit si justement sur la première page de son roman, les loyautés sont multiples et propres à chacun de nous. Elles peuvent être source du meilleur comme du pire. Delphine de Vigan parvient une nouvelle fois à sonder l’intime de ses personnages et à nous faire partager au travers de son écriture ciselée, des émotions et des sensations qui ne peuvent laisser indifférent.

« Opération Copperhead » par Jean Harambat

Autre bande des1sinée qui nous plonge au milieu de la Seconde Guerre mondiale, à l’opposé de l’univers de Bilal. Afin de permettre au Général Montgomery d’organiser en toute tranquillité –entendez « loin des regards des espions allemands », le débarquement en Normandie,  Winston Churchill charge le MI5 de détourner l’attention de l’ennemi en lui donnant un os à ronger. Cet os, il l’imagine en la personne d’un sosie de Monty, sosie qui se promènerait sans se cacher sur d’autres champs de bataille, laissant croire à l’ouverture d’un nouveau front bien loin des côtes françaises. En charge de cette mission : David Niven, dont la carrière d’acteur est déjà bien lancée et Peter Ustinov, encore débutant, tous deux remplissant leur devoir patriotique au sein de l’armée de Sa Majesté.  Basé sur une histoire vraie, le récit proposé par Jean Harambat se révèle rapidement passionnant par le savant mélange de didactisme (fines doses), de romanesque et d’humour typiquement british qu’il distille. On se régale de l’ironie et du détachement des deux maîtres du flegme que sont Niven et Ustinov, on goûte aux interventions minimalistes de Churchill et du vrai Montgomery tout en étant touchés par la trouille de ne pas être à la hauteur de son sosie. Enlevé et drôle, l’histoire est superbement servie par le dessin très ligne claire et le sens du dialogue incisif d’un auteur dont nous guetterons les nouvelles œuvres !

 

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C’est bientôt! Inscrivez votre équipe au 085/23.07.41!

« La colonisation du savoir » : conférence-débat ce vendredi soir

A l’occasion du « Vendredi soir » de l’asbl Kachinas, nous présenterons une série de livres en rapport avec le thème de la soirée (voir l’affiche ci-dessous). Parmi ces livres, il y aura bien entendu le livre écrit par l‘auteur invité. Tous ces livres seront disponibles à la consultation ce soir et à l’emprunt dès mercredi prochain, à la bibliothèque. Pour en voir la liste complète, cliquez ici. 

Conférence « Webetic » : surfez tranquille!

C’est ce jeudi soir qu’aura lieu la conférence « Webetic » co-organisé par la Ligue des Familles, le PCS de Marchin, l’asbl Devenirs et la bibliothèque. Le but est de partager avec vous toute une série de trucs et astuces, des « bonnes pratiques » pouvant vous assurer, à vous et vos enfants, de surfer tranquilles sur le net. webetic

A cette occasion, la bibliothèque a concocté une petite bibliographie sur le thème d’internet, des nouvelles technologies et du rapport entre les réseaux sociaux, les jeux vidéos etc… et les jeunes. Ces ouvrages seront consultables avant et après la conférence et vous pourrez ensuite les emprunter à la bibliothèque dès vendredi.

Cliquez ici pour voir (et télécharger/imprimer) la bibliographie complète.

Nos derniers coups de coeur

« Les rapports humains » par Denis Robert

Le dernier livre de Denis Robert –journaliste d’investigation notamment à l’origine des révélations sur Clearstream- ne se présente pas comme un roman classique. Sa forme tient plus d’une suite de phrases isolées, comme autant de SMS dont la succession tisse progressivement le portrait du narrateur. Celui-ci, qui est sans doute pour une bonne part Denis Robert lui-même, nous livre ainsi ses problèmes et interrogations sur sa vie personnelle et ses réflexions sur l’état de notre monde. La chronologie peut paraître chaotique mais elle reflète en fait parfaitement la façon dont les idées et les pensées traversent un esprit humain. L’intérêt, c’est que Robert est un sacré journaliste et que ses réflexions sont alimentées par ses lectures et recherches incessantes. Cela va du rôle des journalistes au football en passant par l’intelligence artificielle, les paradis fiscaux, l’amitié, la paternité et les relations amoureuses. Le tout sur un ton alerte, tantôt grave, tantôt léger, avec toujours cette pointe d’humour qui sauve tout.  Un texte engagé et  tendre, à l’image d’un auteur qui arrive à rendre son propos universel. Passionnant !

« Point cardinal » par Léonor de Récondo 

Dans ses plus lointains souvenirs, Laurent a toujours aimé essayer les chaussures et les robes de sa mère. Ce qui n’était peut-être qu’un jeu d’enfant est devenu pour lui une évidence au fil des années, Laurent se sent femme.

Ce soir-là, quand il rentre en tenue de sport à la maison, ni Solange son épouse, ni Claire et Thomas ses enfants ne se doutent que quelques dizaines de minutes plus tôt, il était Mathilda, robe de soie, perruque, bas et talons hauts.

Quand, le temps d’un week-end, il profite de l’absence des siens et se travestit pour la première fois dans la maison familiale, sa vie bascule. Quelques jours plus tard, Solange trouve une épingle à cheveux sur le sol de la chambre à coucher. Sur cette épingle, quelques cheveux blonds sont restés accrochés.

Dans ce dernier roman de Léonor de Récondo, on découvre la vie plutôt tranquille de ce père de famille qui  « ne s’est jamais senti homme mais s’est toujours senti père ».

Sa détermination à devenir celle qui a toujours été en lui est abordée sans tabous. Son cheminement, qui va bouleverser une famille entière et mettre en évidence des émotions diverses, est décrit tout en subtilité. Le personnage de Laurent est extrêmement attachant tant son combat est empreint de sincérité. Au départ d’un sujet peu commun, Léonor de Récondo livre un roman magnifique  porté par une écriture simple mais très juste. Elle va bien au-delà du sujet du changement de sexe et nous invite, en quelque sorte, à nous interroger sur le courage d’être soi, tout simplement.

« Le meilleur ami de l’homme » par Tronchet et Nicoby

La quarantaine, sûr de lui, Vincent Renard est un proctologue reconnu. En instance de divorce, il jongle entre une maîtresse qui le harcelle de manière plutôt agréable, une femme qui le met à l’épreuve et leur fillette d’une petite dizaine d’années avec qui il entretient une complicité dont il ne pourrait se passer. Alors qu’il assiste avec celle-ci à un match de foot, il croise fortuitement un ancien ami de jeunesse, Kevin Delafosse, alias Kevin La Winne, surnom ironique puisque ce dernier semble toujours avoir été à la traine par rapport à Vincent, dépeint comme meilleur footballeur, meilleur étudiant et plus chanceux en amour. Cette rencontre va faire remonter tout un pan de leur jeunesse commune et surtout, pour Vincent, raviver le souvenir d’un amour mystérieusement disparu à la fin de ses études de médecine.

Avec cette bande dessinée finalement assez réaliste, crue et souvent drôle, les auteurs nous convient à un double choc culturel. Le premier, c’est celui qui intervient entre le monde de  Vincent, personnifiant la réussite et l’argent ainsi qu’un désintérêt certain pour ce qui ne le touche pas de près et celui de Kevin, moins gâté dans sa jeunesse sans doute mais également moins combatif et plus facilement prêt à vivre aux crochets des malchanceux qu’il croise. Le second choc intervient plus tard, c’est celui de deux conceptions de la médecine, celle qui fait vivre assez luxueusement celui qui l’exerce sans trop s’interroger, au gré d’une clientèle qui a largement les moyens de le payer et celle qui s’exerce en terrain défavorisé et qui répond à des besoins vitaux, faim, soif, maladies mortelles. Une bande dessinée plus sérieuse qu’il n’y paraît, qui amène finement la réflexion sur ce que nous voulons faire de nos vies au fil d’une lecture.

« Surface de réparation » par Olivier El Khoury

La pensée, les actes, les idées, les envies et les haines d’Olivier El Khoury sont toutes entières déterminées par la passion de sa vie : le club de Bruges. Calme et poli en temps normal, il se transforme en bête hargneuse, violente et de mauvaise foi lorsqu’il assiste –au stade ou devant la télé- à un match de foot de son équipe. Cette passion lui a été transmise par son père, un chirurgien de renom qui développe les mêmes tendances que son rejeton. Au quotidien, cette passion se manifeste par une humeur et un dynamisme dépendant de la place de son équipe dans le classement. Bonne place dans le classement égale humeur joyeuse, compréhension et bienveillance envers autrui. A l’inverse, piètres résultats égalent irascibilité, mépris et violence à l’encontre de ses proches. Ce qui, socialement parlant, s’avère difficile à vivre, surtout si on a la peau basanée.

Premier roman pour ce jeune auteur belge, véritable coup de poing littéraire tant il dénote dans le paysage des lettres belges. Irrévérencieux dans le ton et la forme,  emmené par un vocabulaire d’une crudité très explicite, le récit se décline en courts chapitres à la chronologie improbable et est habité par des personnages hauts en couleurs. Le seul nom qui nous vienne à l’esprit pour établir un rapprochement est celui de l’auteur de la « Merditude des choses »,  Dimitri Verhulst. Pas besoin d’y connaître quoi que ce soit en football, ni même d’apprécier ce sport, pour entamer ce court roman. Sous sa rudesse, sa sexualité exubérante et son franc-parler frisant l’obscénité, c’est de la différence, de la violence feutrée de notre société et de comment y survivre que nous parle El Khoury. Avec un humour dévastateur !

Aux absents à notre action jobs étudiants

​Beaucoup de jeunes ont répondu présent le 31 janvier dernier pour l’Action Job Etudiant organisée à Marchin.

Si vous n’avez pas pu venir ce jour-là,  rendez-nous visite à la bibliothèque et vous trouverez encore :

job étudiant

– les dossiers d’Infor Jeunes (comprenant notamment les infos sur la législation du travail étudiant) ;

– les offres d’emploi locales ;

– comment postuler dans quelques grands magasins de la région ;

– les infos sur le projet « Eté Solidaire » et comment poser votre candidature ;

– comment intégrer le réseau de baby-sitters de la Ligue des Familles ;

– les coordonnées du Service Ecrivain public qui peut vous aider à rédiger votre CV et/ou lettre de motivation ;

– le dépliant vous expliquant comment devenir moniteur/trice ADEPS.

 

Pour vos soirées au coin du feu, quelques idées de lecture

« Au fond de l’eau » par Paula Hawkins

Julia Abott est de retour à Beckford, sa ville natale, pour de bien sombres raisons. Le corps de sa sœur Nel vient d’être retrouvé dans le tristement célèbre « Bassin aux noyées ». Julia (Jules dans le récit) n’a aucune envie de revenir dans les lieux qui l’ont vu grandir. Elle s’en est allée depuis bien longtemps et était en froid avec sa sœur depuis de nombreuses années. Celle-ci  laisse derrière elle une adolescente rebelle prénommée Lena. Sait-elle quelque chose concernant le décès de sa mère ? S’agit-il d’un simple accident comme les premiers pas de l’enquête le laissent penser ? Ou d’un suicide ? Nel n’était pas, il est vrai, très en forme ces derniers temps. Mais cette rivière qui traverse Beckford n’a pas encore livré tous ses secrets.

Après le succès de « La Fille du train » en 2015, Paula Hawkins renoue avec le thriller psychologique assorti d’une enquête policière. Basé sur une alternance des points de vue, le récit se construit essentiellement autour de voix féminines ; des personnalités fortes et complexes. Tensions et secrets rythment la lecture et créent une atmosphère pesante, glaçante comme les eaux de la rivière qui sont au cœur de la narration. Dans ce deuxième roman, Paula Hawkins parvient à nouveau à nous captiver avec brio et à nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.

« Les fantômes du vieux pays » de Nathan Hill

Abandonné par sa mère à la fin des années ’80, alors qu’il n’avait que 11 ans, Samuel Andresen- Anderson est à présent professeur de lettres à l’Université de Chicago. Même si son boulot ne le dégoûte pas, il ne lui apporte pas non plus le plein épanouissement : pour beaucoup d’étudiants, son cours ne présente que peu d’intérêt et c’est souvent par obligation qu’ils se retrouvent à le suivre. Autre motif d’insatisfaction chez Samuel : son dessein de se muer en grand écrivain, jamais atteint malgré le relatif succès de sa première publication. En fait, ce qui manque à Samuel, c’est la volonté, celle de se sortir de son petit confort et de viser plus haut. Pour cela, il le sait, il devrait renoncer aux heures passées à jouer à Elfscape, un jeu vidéo en ligne auquel il consacre une grande partie de son temps libre. Le retour impromptu de sa mère dans son existence – elle est accusée d’avoir agressé un politicien en public et son avocat souhaite que Samuel rédige une lettre de moralité- fera peut-être figure de coup de pied du destin.

Coup de maître que ce premier roman de Nathan Hill (1967) qui nous fait allègrement voyager dans les soixante dernières années de l’histoire des Etats-Unis. Profond et léger à la fois, ponctué de traits d’humour qui font mouche à tous les coups, l’histoire regorge de personnages et de sous-intrigues sans jamais nous perdre, insufflant au contraire épaisseur psychologique et antécédents historiques à des acteurs dont on ne peut que saluer la crédibilité. Le spectre temporel est tellement vaste qu’il permet à l’auteur d’aborder de multiples thèmes, là non plus sans jamais se montrer pédagogue ou lassant : des manifestations anti-guerre du Vietnam  à l’addiction aux jeux vidéo, en passant par les revendications féministes, le mouvement hippie, l’envahissement des matières pratiques ou économiques dans les cursus universitaires et l’influence prépondérante des expériences de l’enfance sur une vie d’adulte. C’est dense et drôle, ça nous renvoie à notre réalité et surtout, c’est une formidable histoire, digne des meilleurs grands romans américains.

« L’adoption » de Zidrou et Monin 

Alain et Lynette, un couple de Français, se tournent vers l’adoption. Qinaya, une petite Péruvienne à croquer, fait son entrée dans leur vie et chamboule leur quotidien. Celui de ses parents, mais de toute la famille également. Tous sont immédiatement conquis sauf Gabriel, le grand-père un peu bougon, boucher à la retraite, qui va mettre un peu plus de temps à accepter l’arrivée de cette petite étrangère. Ils vont finir par s’apprivoiser : elle est tellement mignonne et drôle et lui finira par baisser les armes et par créer avec Qinaya un lien bien plus fort qu’il n’aurait pu l’imaginer. Ainsi démarre cette bande dessinée en 2 tomes, portée par Zidrou pour le scénario et par Arno Monin pour le dessin.

« L’adoption » est une bande dessinée belle et sincère, qui d’entrée, bouleverse. Le dessin tout en rondeurs et en finesse de Monin complète à merveille le scénario de Zidrou qui évoque la parentalité, le rôle de chacun au sein de la famille,  l’amour et  les limites de celui-ci. Quand on rêve de devenir parent, jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? C’est une des questions évoquée ici avec beaucoup de doigté mais aussi beaucoup de réalisme. Parvenir à associer émotions, rire et gravité autour d’une question cruciale mais sans jamais tomber dans la mièvrerie, ce n’était pas forcément évident mais Zidrou et Monin, en associant leurs talents, font de « L’adoption » une belle réussite !

Fureur de Lire : la brocante continue

Notre brocante de livres à prix ultra-réduits se poursuit encore deux semaines!

C’est ce soir!

NicolasAncionWEB

En attendant notre soirée littéraire (4)

D’ici au 13 octobre prochain -jour de la rencontre avec l’auteur belge Nicolas Ancion- nous tenterons de vous donner l’envie de découvrir son univers, son style, ses passions et sujets de révolte en publiant régulièrement des chroniques de ses livres.

Parce qu’il glande, qu’il en a marre de l’art contemporain, qu’il aimerait obtenir un poste de prof d’arts plastiques à la Province de Liège, parce qu’enfin la situation des ouvriers d’Arcelor Mittal le révolte, Richard turbine des neurones. Une idée, il est à la recherche d’une idée qui lui permettrait de transcender tous ces problèmes, de montrer que l’art, c’est autre chose,  ça doit vibrer et interpeller et si en plus si ça peut appuyer là où ça fait mal, par exemple sur les abus de pouvoir des grands capitaines d’industrie, c’est encore mieux. Et, de manière inespérée, l’idée surgit : enlever l’un d’entre eux, Lakshmi Mittal, rien que ça, et lui imposer la réalisation d’une série d’œuvre d’art sensées étaler les idées révolutionnaires de Richard au grand jour. Avec l’aide de Léon, ami de toujours, et d’Octavio, ouvrier mittalien sur le carreau, Richard orchestre son plan. Si les premières mesures s’avèrent plutôt réussies, le hasard et d’autres imprévus viendront progressivement gripper la partition initiale.

Publié en 2009, « L’homme qui valait… » porte en lui une partie des thèmes qui seront développés dans « Invisibles et remuants » : la dénonciation du capitalisme et des pratiques politiques scabreuses, la pensée unique, l’abrutissement généré par les tâches répétitives mais aussi par les médias et, en filigrane, une critique ironique et mordante de notre mode de vie. Mais limiter l’intrigue à ce volet « social » serait malhonnête et injuste puisque Nicolas Ancion prend soin d’habiller ce fond de plusieurs couches d’humour et de surréalisme proprement réjouissantes. Ajoutez à cela l’ambiance de franche camaraderie qui règne entre Richard, Léon, Octavio et d’autres seconds rôles tout aussi sympathiques,  et vous obtenez un roman belgo-liégeois parfaitement réussi.