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Nous les avons lus et aimés

atkinson« Une vie après l’autre » de Kate Atkinson

Ce dernier roman de Kate Atkinson s’ouvre sur un assassinat, dans l’Allemagne de 1930, pour nous replonger tout aussi vite 20 ans plus tôt, au sein d’une famille anglaise qui accueille son dernier-né, une petite fille, Ursula.  Au fil des chapitres la vie s’anime, la famille s’agrandit, la guerre débute et … tout se rembobine pour prendre une autre voie. Car la vie d’Ursula n’a rien de linéaire. Chaque retour en arrière l’engage sur d’autres rails et l’amène vers un autre destin.

Vous êtes fan de Kate Atkinson ? Vous y retrouverez son petit monde attachant, ses histoires tendres mais jamais mièvres et ses romans à tiroirs. Et de tiroirs, ici, il en est beaucoup question. Ils demandent d’ailleurs une lecture plus soutenue que les romans précédents. Vous ne connaissez pas encore ? Plongez-vous d’abord dans les valeurs sûres, comme « La souris bleue », grand succès très mérité, drôle, attendrissant, policier et … sanglant (!!!), excellente introduction à son style et à son univers. Vous avez vu à la télé les aventures de Jackson Brodie et vous avez aimé ? Plongez-vous alors dans les romans qui en sont à l’origine : « La Souris bleue », « Les Choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux », « Parti tôt, pris mon chien », et voyez comment la  plume de K. A. mêle légèreté et drame et fait de vous le complice de personnages que vous avez l’impression d’avoir toujours connus.

legardinier« Ça ne peut pas rater » de Gilles Legardinier

« À partir de maintenant, je renvoie les ascenseurs et je rends la monnaie de toutes les pièces. » Brutalement larguée par son amoureux, Marie décide de relever la tête : elle ne sera plus la serpillère sur laquelle on s’essuie les pieds ! A elle revanches, sabotages et plans foireux en tout genre. Car, évidemment, on ne s’improvise pas si facilement Reine du Coup-qui-porte. Bien entourée d’amies et collègues aussi déjantées qu’elle, elle se lance dans une croisade très inspirée contre ces hommes qui lui ont pourri l’existence, à commencer par son boss.  Désopilant d’un bout à l’autre, ce roman vous entraine en un claquement de doigts dans la peau de cette fille si incroyablement dynamique et créative. Ecriture riche, rebondissements à foison, bonne humeur garantie, on est très loin du roman d’amour compassé ou de l’aventure pour jeunes filles qu’on pourrait deviner derrière la couverture… (Si vous associez d’ailleurs le chat des couvertures de Legardiner à roman pour mémères – ou roman pour fifille-, erreur ! Ne vous laissez pas arrêter ! Comment un homme peut-il décrire avec autant de justesse et de drôlerie la vie d’une jeune femme ? ) A découvrir !

besson« Vivre vite » de Philippe Besson

On ne peut pas ne pas reconnaître sur la couverture du dernier roman de Philippe Besson, le beau James Dean. Mais que sait-on de lui finalement ? Qu’il est un jeune homme pas tout à fait comme les autres qui est devenu une icône en trois films à peine et qui s’est tué dans un accident de voiture, à l’âge de 24 ans ?

Philippe Besson avait envie de partager avec ses lecteurs un portrait de James Dean tout en intimité et simplicité. Il a choisi pour ce faire d’écrire un  roman choral, donnant tour à tour la parole à Jimmy mais également à des personnages importants qui l’ont côtoyé : ses parents, sa tante Ortense Winslow, son entraîneur de basket-ball au lycée (car oui, sous ses airs nonchalants, c’était un garçon doué pour le sport et qui aimait bouger), son professeur au lycée de Fairmont (petite bourgade de l’Indiana où il passa son enfance). Scénariste, comédiens, réalisateurs, amoureux/amoureuses se livrent avec émotion sur ce jeune gars insaisissable. Cette biographie romancée nous laisse découvrir au fil des pages les multiples facettes de ce garçon fragile, attachant, rebelle, insolent.

Explorateur de l’intime et cernant à merveille les  êtres qu’il dépeint dans ses livres, Philippe Besson signe, une nouvelle fois, un roman juste et touchant.

verhulst« Comment ma femme m’a rendu fou » de Dimitri Verhulst

Parce qu’il ne supporte plus d’entendre le plus insignifiant de ses gestes quotidiens critiqué par son épouse -qu’il qualifie d’ailleurs de « gendarme »- Désiré Cordier décide de simuler la maladie d’Alzheimer. Lui qui était bibliothécaire, ordonné, respectueux et qui évitait de se faire remarquer en toute occasion, le voici déambulant dans la ville, l’air perdu, sortant d’un magasin de vêtements sans payer ce qu’il a essayé et gardé sur lui, ou revenant avec un nouveau grille-pain alors que son gendarme l’avait envoyé acheté un gâteau. Le plaisir de cette liberté retrouvée le conduit à pousser toujours plus loin l’expérience : au plus Désiré se comporte-t-il au mépris des simples convenances, au plus son épouse s’énerve-t-elle, et au plus Désiré éprouve de la joie à cette vengeance tardive. Et tant pis pour les conséquences. Car celles-ci ne se font pas trop attendre, et Désiré se retrouve bien vite en maison de repos. Là, son toujours faux Alzeihmer ne pourra qu’empirer car pour lui, le retour au domicile est tout simplement impossible, tant la vie au loin de son épouse, même malade, incontinent et à moitié fou, lui semble-t-elle paradisiaque.

Par l’auteur du formidable « La merditude des choses » (tout aussi conseillé et toujours disponible dans votre bibliothèque), une farce drôlatique dans ses exagérations et qui en même temps pointe très justement -et parfois avec beaucoup de tendresse- les aléas du mariage, de la vieillesse et de la paternité.

tong« Pardonnable, impardonnable » de Valérie Tong Cuong.

Par un bel après-midi d’été, Milo, 12 ans, le fils de Céleste et Lino, fait une chute à vélo. Il est emmené inconscient au service des urgences, puis c’est l’opération, l’hospitalisation. Et soudain tout s’écroule, car les médecins, bien que confiants, ne veulent pas trop se prononcer sur la suite. A son chevet accourent ses parents mais aussi Jeanne, sa grand-mère maternelle, omniprésente. Que faisait Milo sur cette route de campagne alors qu’il devait réviser avec sa tante Marguerite, la sœur de Céleste? Chacun cherche un coupable…

L’auteur nous emmène au cœur d’une famille bien sous tous rapports, en apparence. Cet accident va l’ébranler, la dévaster et surtout amener à délier les langues et faire éclore les non-dits et les mensonges.

En donnant la parole à chacun des protagonistes et en faisant ainsi alterner les points de vue, Valérie Tong Cuong insuffle beaucoup de dynamisme à la lecture et tient son lecteur en haleine. L’écriture est à la fois fluide et intense.

Alors, finalement, qu’est-ce qui est pardonnable, impardonnable ? Où se trouve la limite, à qui faire confiance ?

 

 

 

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Coup de coeur : La maison atlantique de Philippe Besson

C’est dans un piège qui lentement se referme sur les 4 protagonistes du récit, que Philippe Besson nous entraîne, dans son dernier roman, La maison atlantique.

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L’histoire se déroule pendant les vacances d’été au bord de l’océan ; un père et son fils y passent des vacances. Dans la maison, où il y a deux ans à peine, la mère du narrateur perdait la vie.

Le fils, rongé par la haine et tenant son père pour responsable de la disparition de sa mère, a accepté de revenir, une nouvelle fois, dans ce lieu où il a connu tant de bonheur mais qui semble désormais exclusivement lié à des souvenirs douloureux. Il aurait pourtant préféré passer l’été avec ses copains, avant d’entrer à la fac. Il s’est soumis à la volonté de ce père, personnage cynique, glacial pour qui il se demande s’il a, un jour, vraiment existé.

L’été, les vacances, période propice aux rencontres pour un ado désœuvré et contraint de se trouver là où tout lui semble faux.

Dans la villa d’à côté, un jeune couple s’installe. D’apéro en partie de tennis, les voisins font connaissance. Une relation complice entre la jeune femme et l’homme d’âge mur se noue rapidement, ouvrant la voie de l’humiliation et de la vengeance.

Dès le début de la narration, le ton est donné, implacable. L’écriture est fine, les mots comptés, le résultat donne un très bon roman, avec une touche de thriller psychologique, qui plaira sans nul doute à bon nombre de lecteurs. Une histoire banale mais racontée par Philippe Besson. Un récit tout en subtilité pour lui, qui a ce don pour raconter l’ordinaire et nous tenir captivés.

Coup de coeur : « De là on voit la mer » de Philippe Besson

Louise, romancière à succès, part s’installer en Italie pour son dernier livre qu’elle peine à terminer. Son mari, François, reste seul à Paris, déçu de ne pouvoir l’accompagner ; lui qui a toujours été à ses côtés et qui a su s’effacer quand elle le souhaitait. Elle lui a pourtant toujours dit : « si je dois choisir entre l’écriture et toi, alors je choisis l’écriture ».

A Livourne, au bord de la mer, dans la chaleur accablante de l’été, Louise rencontre Luca. Rencontre improbable entre deux êtres que tout sépare. A des centaines de kilomètres de là, François devine pourtant ce qui est en train de se jouer…Il tente alors, dans un geste d’une violence inouïe, de faire revenir celle qu’il aime, à ses côtés…

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Une histoire banale, diront certains, mais servie par la très belle écriture de Philippe Besson qui ménage le lecteur, avec une fin qui n’est pas forcément celle à laquelle on s’attend. A travers la force qu’il donne à ses personnages, il nous entraîne dans le sillage de cette femme égoïste certes, mais entière, de son amoureux italien, jeune bellâtre peu intéressant et de son mari pour qui on ne peut s’empêcher d’éprouver un peu de sympathie.

Dans ce roman paru début 2013, Philippe Besson décrit, une nouvelle fois, à merveille, les états d’âmes d’une femme libre, prise dans la tourmente de ses sentiments et en dresse un portrait juste, sans jugement.