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Frank Bascombe : suite et fin

Avec « L’état des lieux », Richard Ford termine sa trilogie consacrée à son personnage d’agent immobilier et ancien journaliste sportif, Frank Bascombe.

etatPrototype de l’américain issu de la classe moyenne, Bascombe règle ici définitivement ses comptes avec tout ce que la vie a pu générer en lui comme anxiété, stress et questionnement intérieur. A travers ses démêlés avec son ex-femme, ses différentes petites amies, son fils adolescent, ses collègues et/ou ses clients indécis, c’est à un véritable portrait de la middle-class américaine pré-11 septembre que nous convie Richard Ford.

Roman-fleuve, « L’état des lieux » brasse tant de thèmes qu’il se révèle impossible de les citer tous -on aborde l’éducation, la Déclaration d’Indépendance, en passant par le divorce, l’amour, la violence, la maladie ou la solitude- mais au final, le portrait de la société américaine qui s’en dégage se révèle passionnant et réaliste, tant il confine à l’universel. Parce qu’au-delà, l’intimité dans laquelle nous sommes plongés, celle d’un homme ‘comme tout le monde’ nous rappelle par bien des apects notre existence, celle de nos amis, de nos proches, mise en évidence par un écrivain d’un tel talent qu’il arrive à faire jaillir l’exceptionnel de situations apparemment banales. Voici à quoi nous convie Richard Ford : à faire attention, le plus souvent possible, à voir le bonheur là où il se trouve et à en profiter sur le moment même. Garder les yeux ouverts.

Souvent drôle, sans jamais se prendre au sérieux et évitant tout pathos ou toute leçon de morale, Richard Ford accorde néanmoins beaucoup d’importance aux paysages et aux villes que traversent ses personnages, ce qui a tendance à donner une allure « proustienne » à son texte. On entre dans ses livres (dans celui-ci comme dans les deux premiers volumes de l’histoire de F.B. : « Un week-end dans le Michigan » et « Indépendance ») tout en douceur, pour bien vite ne plus avoir envie de quitter son personnage principal.

Une lecture qui plaira aux amateurs de Jonathan Frantzen (« Les Corrections ») ou Elliot Perlman (« Ambiguités »), la découverte d’une voix et d’un propos captivants et d’une rare originalité.

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