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Deux romans anglais, un français et une bande dessinée…

Espionnage à l’anglaise

Quand un auteur anglais reconnu comme William Boyd (« Les nouvelles confessions »solo ; « A livre ouvert ») se voit confier la responsabilité d’une nouvelle aventure du plus célèbre des espions anglais, qu’est-ce que cela donne ?  Un roman de William Boyd, intitulé sensible et plein d’humour, ou un récit d’espionnage mené tambour battant ? Force nous est de reconnaître que c’est à un subtil mélange des deux que nous nous retrouvons conviés. Ce qui était sans doute le but recherché.

Fin connaisseur de l’Afrique, c’est sur ce continent que Boyd envoie Bond, à charge pour lui de mettre un terme à la guerre civile qui ravage le Zanzarim, un petit pays où il fera la connaissance de mercenaires tordus, d’hommes d’affaires suspects, de journalistes louches et …d’une charmante espionne. Les ingrédients habituels d’une aventure de 007 sont donc bien réunis, mais sous la plume de Boyd, ils nous plongent dans un récit tenant plus de l’aventure que de l’espionnage : on ne s’ennuie pas une seconde, on voyage beaucoup et les rebondissements s’enchainent sans toutefois que le fil du récit ne se dilue. Les fans des deux univers –celui de l’auteur et celui de l’espion- s’y retrouveront !

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Il est un autre romancier anglais à s’emparer du roman d’espionnage, à le malaxer, le cuisiner à sa sauce et à y inclure ses secrets de cuisine personnels pour finir par nous livrer un…pur roman de Jonathan Coe ! Petit plus pour les lecteurs belges que nous sommes, ce nouvel opus fait la part belle à notre pays et à son histoire récente puisqu’il nous plonge au cœur des quelques mois de l’année 1958, mois qui virent notre pays accueillir l’Exposition Universelle. Tout jeune père de famille, Thomas Foley, un obscur fonctionnaire du ministère de l’information britannique, se voit confier la responsabilité de superviser le « Britannia », une réplique de pub anglais typique, sensée donner une image typique de son pays sur le site de l’Expo. A peine débarqué à Bruxelles, le voici sous le charme d’une des célèbres hôtesses, Anneke, chargée de le chaperonner durant ses premiers pays en terre belge. Il faut dire que la vie de famille de Foley n’est, à ses yeux, guère folichonne : entre une mère à laquelle il n’a plus grand-chose à dire, un bébé en proie à de terribles coliques et une femme qu’il ne voit plus que comme une mère pour son enfant, il sent comme éteint. Ce séjour prolongé à l’étranger, même s’il représente des tas d’ennuis auxquels il n’était pas préparé, lui apparaît comme un véritable moment de détente pouvant même peut-être se muer en une porte de sortie définitive. Les premiers jours se révèlent enchanteurs, mais la situation devient vite préoccupante lorsque Foley se rend compte qu’il est suivi par deux mystérieux agents secrets et que la sécurité de données sensibles pourrait bien dépendre de son sens de l’initiative. Entre roman d’espionnage et intrigue amoureuse mitonnée de scènes rocambolesques, Jonathan Coe, une fois de plus, provoque bien souvent notre bonne humeur et nous dresse un très réaliste et édifiant portrait de l’époque.

 

Être différent dans un petit village

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Récit sans doute en large partie autobiographique, « En finir avec Eddy Bellegueule » nous raconte l’enfance et l’adolescence d’un garçon des années ’90, au cœur d’un village perdu du nord de la France. Dans une famille dominée par un père alcoolique tantôt violent, tantôt sincèrement sensible à la détresse de son fils, la personnalité efféminée du jeune Eddy fait tâche. Ce dernier lutte contre lui-même, tente de sortir avec des filles de son âge, de cacher son homosexualité, de fuir les moqueries et brimades, de se comporter comme les autres garçons du village dont, à l’adolescence le principal loisir consiste à boire jusqu’à saturation, sous l’abribus de la place du village. Mais en vain. Coincé, enfermé dans une misère matérielle et relationnelle insupportable, le jeune Eddy va tout mettre en œuvre pour s’éloigner.

Ecrit à la première personne, le récit d’Eddy se révèle très lisible, très fragmentaire aussi, pas toujours chronologique et parfois très explicite. Le moins que l’on puisse dire est que l’acceptation de son homosexualité, tant par lui que par son entourage s’est déroulée de manière beaucoup plus chaotique que ce qu’a pu nous en raconter un Tom Lanoye dans son roman « Les boites en carton ». A l’inverse, aucun humour ici, seulement des faits bruts et qui pourront en choquer certains. Mais l’essentiel n’est pas dans le réalisme de certains passages, il est plutôt dans la résistance, la force de caractère du personnage principal et la ténacité dont il a du faire preuve pour fuir l’existence misérable à laquelle il était destiné.

 

Parmi les nombreuses publications estampillées « 14-18 »
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Eté 1914, dans le petit village de Valencourt, l’orphelinat vit sans le savoir ses derniers beaux jours. Parmi les pensionnaires, Lucien, Lucas, Luigi et Ludwig, 4 jeunes gaillards d’âges différents mais soudés par une amitié à toute épreuve, prennent un malin plaisir à faire le mur aussi souvent que possible pour se retrouver dans les bois entourant le domaine.

Situé sur la ligne de front, l’orphelinat doit être évacué dès les premiers jours de la guerre.  Encadrés par seulement deux religieux débonnaires, les pensionnaires font leur baluchon dans la plus complète désorganisation. En pleine école buissonnière, les 4 Lulus manquent le départ et retrouvent leur pensionnat désert. D’abord ravis par cette liberté, ils vont rapidement déchanter, conscients que leur existence et leur survie repose à présent entièrement entre leurs mains.

Léger et grave à la fois, ce portrait d’enfants placés au milieu d’un conflit qui les dépasse complètement (ils ne comprennent pas tout de suite pourquoi ils se retrouvent seuls, ni pourquoi des obus tombent du ciel) charme dès les premières pages. Au fil des étapes qu’ils franchissent et des aventures qu’ils vivent, les Lulus nous font partager leurs certitudes naïves et leurs grandes interrogations, toujours avec des mots propres à leur époque et à leur âge. Une bande dessinée qui n’est pas qu’une histoire de plus sur la 1ère Guerre mondiale et qui, au contraire, nous plonge avec originalité, humour et sensibilité, dans le monde de l’enfance.

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Coup de coeur : William Boyd

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Ethnologue fraîchement diplômée, Hope Clearwater se voit proposer un poste dans un centre de primatologie implanté dans un coin reculé d’un lointain pays africain. Celui qui lui propose l’emploi n’est autre qu’Eugène Malabar, sommité dans le domaine et fondateur du centre. Le travail de Hope se révèle assez simple et néanmoins passionnant : il s’agit d’observer un groupe de chimpanzés selon la méthode mise au point par Malabar, soit une immersion complète de l’observateur au cœur du groupe des observés. Très vite, Hope va se rendre compte de l’autoritarisme sournois dont fait preuve Malabar dans la conduite du centre. Impossible pour qui que ce soit de ne pas respecter les consignes du patron, et encore moins de contester sa vision des relations entre les singes. Et c’est justement là que le bât blessera : Hope constatant que ‘tout n’est pas beau et gentil’ parmi les chimpanzés et que certains d’entre eux peuvent adopter des comportements presque trop humains, elle s’en ouvrira à Malabar, non sans conséquences.

Publié en 1991, ce roman de William Boyd mérite de ne pas être oublié, d’être découvert ou redécouvert tant l’auteur était à ce moment en pleine forme et nous livrait une histoire superbe, une intrigue foisonnante, pas du tout didactique, et dans laquelle la gravité et l’humour se répondent parfaitement.  Qu’ils soient strictement humains ou non, les personnages mis en scène se révèlent de la trempe de ceux que l’on n’oublie pas si facilement et, bien que cantonnées dans un cadre très limité, leurs parcours confinent à l’universel.